Danse contemporaine : « D'une rue de Bamako », du néant à l’existant


Interprété par des danseurs et chorégraphes, le Malien Lassine Koné et la Française et Louise Soulié, le spectacle «D’une rue de Bamako » questionne le néant et renforce l’existant le moment d’un spectacle. «D’une rue de Bamako » est un projet de la compagnie Don Sen Folo qui se veut, en plus d’un laboratoire de recherche artistique, un spectacle sensibilisateur sur l’art de la performance.   

Le vendredi 20 août 2021aux environs de 16 heures, le soleil s’impose malgré un ciel nuageux. Dans la rue du Sacré-Cœur de Baco Djicoroni, deux danseurs attirent le regard des passants, d’un groupe d’hommes assis sous des manguiers et même des soudeurs à l’œuvre dans leur atelier. Un public curieux envahit le lieu. Le regard des spectateurs est captivé par les mouvements du duo sans pour autant être à même d’expliquer l’exercice auquel il s’adonne. 

« ‘’D’une rue de Bamako’’ est un laboratoire de recherche immersif, un espace de réflexion pour l’artiste où l’enjeu est de questionner une rue sur un temps de résidence pour aboutir à une performance, la danse est à la rencontre d’autres médiums artistiques. « D’une rue de Bamako » rend visible la poésie d'un lieu. L'expérimentation est unique et reproductible. Elle transforme le monde que l'on croyait connu » peut-on lire sur la page Facebook de Don Sen Folo Lab.

«L’art abolit les frontières » dit-on, mais le spectacle « D’une rue de Bamako », lui, tente de faire immersion dans l’imaginaire en interrogeant un espace (une rue) à travers le mouvement du corps. Voilà un exercice auquel le duo composé du danseur malien Lassine Koné et non moins directeur de la compagnie Don Sen Folo et de l’assistante chorégraphe française Louise Soulié, s’est prêté le vendredi 20 août 2021 lors de la restitution de la résidence de création « D’une rue de Bamako ».   

Après deux semaines de résidence au centre culturel de Don Sen Folo Lab à Bangoumana, le duo a pris d’assaut, durant une semaine, la rue du Sacré-Cœur de Baco Djicoroni. Une semaine pour questionner cette rue et ajouter une nouvelle histoire, un nouveau souvenir à ce qui y existait déjà de vivant et même d’invisible. « L’idée c’est d’amener de nouveaux imaginaires dans cette rue tout en les adaptant à l’histoire de la rue en la transformant en laboratoire de recherche artistique », nous explique Lassine Koné.  

Aucune scénographie, aucun viatique pour ce voyage chorégraphique.  Seulement le faible son d’une radio accompagne les pas des deux danseurs tantôt calmes, tantôt changeants. Pourtant, à bien observer la performance, on a l’impression que le duo dispose de tout le nécessaire pour cet exercice. Les cailloux qui jonchent la rue, les murs, une veille porte qui traîne, une hutte construite avec des vieux sacs, le tas de ferrailles des soudeurs, les poteaux électriques… absolument tout. Tout  trouve une place dans ce spectacle. Le duo semble insensible au danger des choses qui occupent son espace.

   « La culture sert à créer des ponts »

Les tournoiements et les acrobaties exécutés parfois en solo laissent penser que les deux danseurs s’évitent. Peut-être pour s’accorder un temps et profiter de leur liberté ? Les deux chorégraphes, à travers leurs mouvements, nous laissent entrevoir une infinité de chances de se réinventer, d’être libre et de se côtoyer mais aussi de mesurer toute la richesse d’un espace qu’on considère comme vide. « Notre démarche dans cette création renvoie à celle d’un entrepreneur ou d’un chercheur avec un caractère très sociologique», précise Louise Soulié. 

Cependant, le concept «D’une rue de Bamako» va au-delà de la poésie et de l’imaginaire d’un espace, c’est une performance polysémique : « pas de limite. Nous enseignons la liberté et la tolérance : c’est construire un monde de demain ensemble. Comment être ensemble ? Comment éviter de se stigmatiser ? Nous voulons un monde où le menuisier peut travailler à côté du danseur, et les enfants peuvent jouer à côté du boulanger. La culture sert à créer des ponts», déclare Louise Soulié qui estime que « la rue est une muse intarissable.»

Le concept « D’une rue de Bamako » intègre aussi des objectifs sensibilisateurs. Il permet de démocratiser l’art de la performance en  amenant cet art auprès des populations qui ne le connaissent pas. « Si les politiques maliennes et africaines en général ne financent pas l’art, c’est par ce qu’elles ne le connaissent pas. C’est maintenant ou jamais qu’il faut inculquer l’art dans l’esprit des futurs cadres du pays. Faire cette performance dans la rue permet à beaucoup de personnes surtout des jeunes de découvrir cet art », poursuit  Lassine Koné.  

La deuxième phase de résidence du spectacle «D’une rue de Bamako » est prévue en décembre 2021. La création se poursuivra en France. Aux dires des chorégraphes, les prochaines étapes de la création peuvent faire appel à d’autres artistes tels qu’un marionnettiste, un photographe et un scénographe.  «L’objectif est de pousser les artistes à aller au-delà de ce qu’ils ont l’habitude de faire », conclut Lassine Koné.

Youssouf Koné

 

 

 

   

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