Mamadou Bani Diallo : « La littérature malienne a connu un passé glorieux, connaît une période faste et a de beaux jours devant elle »


Dresser un bilan de la littérature malienne de ses débuts à nos jours. Voilà un exercice auquel s’est prêté le professeur de lettres et critique littéraire malien, Mamadou Bani Diallo, dans un entretien accordé à nos confrères de Noocultures. Le professeur salue le passé et le présent de la littérature malienne et garde de l’espoir en ce qui concerne son futur.  

« La littérature malienne a une histoire qui remonte à l’époque coloniale, celle du Soudan français, pendant laquelle elle a commencé à voir le jour », dit en introduction le professeur Mamadou Bani. Comme pionniers de cette littérature, il cite Moussa Travélé qui a publié dès 1910 un manuel en langue française et bambara, un dictionnaire bambara-français en 1913, un recueil de contes intitulé Contes et proverbes bambaras avec, en introduction, des éléments de droit coutumier en 1923. Suivra Fily Dabo Sissoko, qui a publié de nombreux ouvrages de 1920 jusqu’aux années 1950.

En dressant un bilan de la littérature malienne, sur le plan national et international, M. Diallo estime qu’elle a bonne presse. De grandes réussites sont à signaler selon lui comme le Grand Prix littéraire de l’Afrique noire remporté par plusieurs Maliens tels que Seydou Badian en 1960 avec Les Dirigeants africains face à leur peuple, Massa Makan en 1971 avec Janjon et autres chants populaires du Mali, Aoua Kéita avec Femme d’Afrique, Amadou Hampaté Ba avec L’Étrange destin de Wagrin, Modibo Soungalo Kéita avec L’Archer Bassari. Nous avons aussi Moussa Konaté, qui a obtenu plusieurs distinctions comme le prix Hervé-Deluen de l’Académie française et Yambo Ouloguem, le premier Africain à décrocher le prix Renaudot avec Le Devoir de violence.

Le professeur Diallo n’hésite pas à faire un clin d’œil aux auteurs de la nouvelle génération qui selon lui font la fierté de cette littérature : « Comme Fatoumata Kéita, Ousmane Diarra, Mohamed Diarra, Djénéba Fotigui Traoré, entre autres. » Ces derniers, à l’en croire, rejoignent des aînés comme Isamaïla Samba Traoré, Aminata Dramane Traoré, qui sont cités parmi les meilleurs écrivains aujourd’hui. « En un mot, je crois que la littérature malienne a connu un passé glorieux, connaît une période faste et a de beaux jours devant elle », explique le professeur Diallo, qui salue également l’engouement de la jeunesse autour du livre qui s’explique par un nouvel environnement intellectuel, et qui permet aux écrivains de s’exprimer, de participer à la réflexion sur les grandes questions de la société actuelle afin d’apporter leur contribution au progrès intellectuel et culturel de notre pays.

Cependant, l’arbre ne doit pas cacher la forêt. S’il y a aujourd’hui une chose qui handicape « cette période faste » de la littéraire malienne, c’est bien la mauvaise édition. Si certaines maisons d’édition font preuve de rigueur, d’autres, cependant, font acte d’une certaine négligence dans l’édition des livres. « Les livres mal édités desservent autant l’éditeur que l’auteur. Ces œuvres sont implicitement desservies à cause des insuffisances et lacunes qui constituent une source de démotivation pour le critique et pour le lecteur », remarque-t-il.

La relève de la littérature malienne est en marche. Mais si la nouvelle génération veut se montrer à la hauteur des attentes, elle doit faire de certains aspects son piédestal, notamment la lecture et la créativité, comme le recommande le professeur Diallo : « Un écrivain, c’est d’abord un grand lecteur. Il faut lire pour pouvoir écrire de bons livres. Aussi ne faudrait-il pas se contenter de reproduire mécaniquement ce qu’on prend ailleurs. Il faudrait parvenir à créer à partir de sa propre expérience et de sa propre sensibilité et celle de son entourage », conclut-il. 

Youssouf Koné

 

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